Le Petit Prince de Antoine de Saint-Exupéry : Un chapitre inconnu

LANGUAGE: FRENCH
WRITTEN AND TRANSLATED BY: ALISHA NAGLE

Le petit prince avait décidé de quitter sa planète pour explorer l’univers, en quête de savoir – car il cherchait des réponses. Il arriva, par hasard, sur la Terre, dans un champ aride. Le petit prince attacha ses oiseaux sauvages à une poste.

 

Le champ était habité par un grand, étrange animal que le petit prince n’avait jamais vu. C’était une bête impressionnant, plein d’élégance. Il avait des poils le long de son dos, qui finissaient comme une longue chevelure.

 

– Bonjour, dit le petit prince. Quelle sorte d’animal êtes-vous ?

– Bonjour, petit bonhomme. Je suis un cheval, répondit-il fièrement, et il leva son long museau vers le ciel.

– Que faites-vous ici, tout seul ? demanda le petit prince.

– J’attends l’armée. J’amène les soldats à la bataille, et ils me donnent des pommes en échange, que j’adore. C’est un travail  tellement noble.

 

Et le cheval était en effet une créature très noble.

 

– Êtes-vous un soldat ? demanda-t-il.

– Non, dit le petit prince. Je suis un prince.

– Ah oui ? Alors vous voulez sûrement mener une armée pour conquérir plus de terre !

– Qu’est-ce que signifie « conquérir » ? demanda le petit prince, de plus en plus intrigué.

– « Conquérir » signifie posséder quelque chose, et avoir l’autorité absolue.

 

Le petit prince réfléchit pour un instant.

 

– Une fois, j’ai vu un roi qui gouvernait tout.

– Eh bien, il a dû y avoir beaucoup de batailles, répondit le cheval avec confiance. Les gens veulent toujours s’emparer des  possessions d’autres.

– Oh ! J’ai toujours eu tout ce dont j’avais besoin chez moi.

 

Le cheval n’écoutait plus.

 

– Les gens ont besoin d’une bête noble comme moi pour gagner une bataille. Malheureusement, il n’y a pas eu d’armées depuis longtemps, et j’ai vieilli. J’ai peur qu’ils n’aient pas besoin de moi. Mais vous êtes petit et léger comme un enfant. Je      pourrais vous porter !

Le petit prince pensa tendrement à sa planète avec ses trois volcans et sa fleur.

 

– Il n’y a pas grande chose à conquérir sur ma planète, mais c’est assez pour moi. Je ne suis pas comme vos soldats. Je ne veux rien.

Et il commença à préparer sa volée d’oiseaux sauvages pour le départ. Le cheval s’ébroua et traîna ses sabots dans la terre nerveusement.

 

– Ça ne me dérange pas. Laissez-moi vous porter quand-même ! J’obéirai aux ordres tant que vous me donnerez des pommes.

– Ça, dit le petit prince, n’est pas si noble après tout.

Et le petit prince s’en fut, laissant le cheval bien confus.

 

*****

 

An Untold Chapter of Antoine de Saint-Exupéry’s The Little Prince

 

The little prince had decided to leave his planet to explore the universe, in search of knowledge – for he was looking for answers. He arrived, by chance, on the Earth, in a dry field. The little prince attached his wild birds to a post.

 

The field was inhabited by a large, strange animal that the little prince had never seen before. It was an impressive beast, full of elegance. It had bristles down the length of its back, which finished like a long lock of hair.

 

“Hello”, said the little prince. “What kind of animal are you?”

“Hello, little fellow. I am a horse,” it replied proudly, and it lifted its long snout towards the sky.

“What are you doing here, all alone?” asked the little prince.

“I’m waiting for the army. I carry the soldiers into battle, and in return they give me apples, which I adore. It is a truly noble profession.”

 

And the horse was indeed a very noble creature.

 

“Are you a soldier?” it asked.

“No,” said the little prince. “I’m a prince.”

“Oh really? So you must surely want to lead an army to conquer more land!”

“What does that mean, ‘to conquer’?” asked the little prince, more and more intrigued.

“’To conquer’ means to own something, and to have absolute authority.”

 

The little prince thought for a moment.

 

“I once met a king who rules over everything.”

“Well then, he must have led many battles,” replied the horse, confidently.  “People always want to own the possessions of others.”

“Oh! I always had all I needed on my little planet.”

 

The horse was not listening.

 

“People need a noble creature like me to help them win a battle. However, there have not been armies here for many years, and I have become old. I am worried that they will not be able to use me. But you seem small and light like a child. I could carry you!

The little prince thought fondly of his planet, with its three volcanos and its flower.

 

“There isn’t much to conquer on my planet, but it’s enough for me. I am not like your soldiers. I don’t want anything.”

And he began to prepare his flock of wild birds for departure.

 

The horse snorted and dragged his hooves into the ground nervously.

“That doesn’t matter to me. Let me carry you all the same! I’ll obey your orders, so long as you will give me apples.”

“That,” said the little prince, “is not very noble after all.”

 

And the little prince went away, leaving the horse feeling very confused indeed.