Les Possibilités Electorales : Qui Pourra Battre Le Pen? (Electoral Possibilities: Can Le Pen be Beaten?)

Le 7 mai, François Hollande quittera l’Élysée, et à sa place s’installera la personne qui soit mènera la France dans la bonne direction, soit la détruira une fois pour toute. Cette saison électorale a été une des plus tumultueuse que la France ait vu depuis longtemps, caractérisée par une fragmentation politique qui a vu la réémergence du Front National (FN), mené par Marine Le Pen, ainsi que la formation de nouveaux partis et une radicalisation des partis traditionnels. Mais il est trop facile de voir le phénomène Le Pen comme une simple opposition entre les partis politiques traditionnels et le peuple appauvri et désillusionné, et de prétendre que son succès est assuré. Victoire assurée au premier tour, je vous l’accorde, mais il y a quelques facteurs clés qui risquent de l’exclure d’une victoire populaire.

Au lieu de paniquer tout de suite, concentrons-nous sur les grandes lignes des mois récents, et voyons si nous pouvons mettre en avant trois scénarios différents, en fonction de ce qui se passera le 23 avril, au premier tour. Comparons Le Pen aux autres candidats pour essayer de déterminer si l’un d’eux arrivera à inspirer le peuple français pour dépasser le FN et gagner la présidence.

François Fillon

Il y a quelques mois, je pensais vraiment que Fillon avait gagné d’avance, et ce n’est en aucun cas parce que son idéologie m’inspire. Le candidat qu’on dit de « centre-droit » est plus Thatcher que May, et des fois j’ai du mal à le différencier de Le Pen. Mais maintenant, on a un peu moins de raisons de le craindre, puisque Fillon se retrouve gêné par une toute petite affaire de corruption…Eh oui, le candidat qui avait séduit les électeurs de droite avec son discours anti-corruption, pro-transparence se trouve au centre d’un scandale quand Le Canard Enchainé a révélé que sa femme Penelope a été salariée comme attachée parlementaire. Pourtant, le népotisme n’est pas ce qui choque le plus – presque un quart des ministres emploient un membre de leur famille. Ce qui a causé la mort politique de Fillon, c’est le fait que malgré sa promesse de se retirer s’il était mis en examen, il décide de rester le candidat de la droite et du centre jusqu’aux élections. Donc, voilà un candidat qui a anéanti Sarkozy lors de la primaire de la droite et du centre se retrouve en chute libre dans les sondages. Par conséquent, même si ces derniers indiquent qu’il pourrait toujours battre Le Pen au deuxième tour, il est fort improbable qu’il y arrive.

Emmanuel Macron

Qu’on soit d’accord avec ses idées ou non, Emmanuel Macron est le candidat qui se démarque vraiment dans cette campagne. C’est un candidat centriste, pro-entreprise, qui a fait défection pour fonder son propre parti, et c’est pour cette raison qu’il complique le plus l’histoire typique des élections récentes. Le candidat d’En Marche ! se positionne comme un « outsider » politique, qui pourra unir « l’establishment politique » fracturé, avec un programme social-libéral. Parmi ses mesures phares se trouve un appel à réduire le nombre de fonctionnaires, un engagement de 50 milliards d’euros d’investissement public ainsi que l’universalisation de l’assurance chômage. Mais chez Macron, comme chez beaucoup de candidats, ce n’est pas son programme qui attire le plus les électeurs, mais ce qu’il représente dans l’histoire politique de la France. Sa rupture avec le PS lui permet de se vendre comme un nouveau-venu dans le monde politique, et un qui dépassera les conflits factionnels. Mais cette histoire devient un peu moins convaincante quand on regarde de près sa carrière. Si cet ex-banquier de chez Rothschild arrive à se vendre comme nouveau en politique, c’est plutôt dû à la prouesse de son équipe de relations publiques qu’à son parcours actuel. Certes, il n’a jamais été élu, mais il a travaillé pendant plus de 10 ans pour le PS comme pour les Républicains, en tant que consultant économique. On aurait du mal à trouver un candidat qui représente plus « l’establishment politique » ; pourtant, malgré mon cynisme, c’est sur lui que je parie. À ce jour, c’est peut-être le seul qui arrivera à réunir des électeurs de gauche comme de droite. Et d’après les sondages, Macron se retrouve au coude à coude avec Le Pen dans le premier tour avec 26% d’intentions de vote d’après L’Internaute, et il l’écrase au deuxième tour avec 68% des voix. Espérons juste qu’il n’a jamais payé sa femme pour un faux travail…

Benoît Hamon

Benoit Hamon est actuellement en quatrième place dans les sondages, et, malheureusement, on n’a pas l’impression qu’il ira plus loin. Lors de la primaire de gauche, il a dépassé l’ancien premier ministre Manuel Valls pour devenir le candidat officiel du PS, mais depuis, Hamon fait du sur-place. Son programme est plus à gauche que celui du PS, mais reste plus centriste que celui du candidat de la France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon : c’est une recette parfaite pour une gauche divisée. Résultat : la candidature de Hamon vacille. Il commence par s’allier avec le candidat écologiste Yannick Jadot et devient le candidat écologiste par excellence, mais quelques semaines plus tard renonce à une de ses mesures phares, le revenu universel, pour se présenter comme un candidat plus pratique et réaliste. Malgré son programme idéaliste mais plutôt inspirant, j’ai l’impression qu’un affrontement Hamon/Le Pen serait un peu trop risqué. Pour expliquer pourquoi, il faut faire un petit détour par l’Assemblée Nationale et examiner le taux d’abstention. En effet, beaucoup de Fillonistes considèrent que le plan radical de Hamon sera aussi désastreux qu’une présidence Le Pen, et donc s’abstiendront s’il passe au deuxième tour. Ce raisonnement implique que Le Pen ne pourra pas former une majorité à l’Assemblée (puisqu’elle n’a que deux députés), et donc ne pourra faire passer aucune des mesures phares qu’elle annonce dans son programme. Donc, les Fillonistes veulent bien risquer un gouvernement d’extrême droite qui sera paralysé pour éviter un gouvernement de gauche trop radical, et qui risquerait d’endetter le pays encore plus. On peut voir en quoi le cas de Hamon illustre le grand thème de cette élection : la plupart des votes seront stratégiques plutôt que sincères, pour éviter une présidence Le Pen à tout prix.

Il ne faut pas oublier que les Français, en général, n’ont pas de problème avec l’idée d’un vote négatif, et un grand nombre d’entre eux votent contre un candidat plutôt que de voter pour. On dit que les jeunes Américains ne sont pas allés voter puisqu’ils n’avaient personne pour qui voter, et qu’ils ne voulaient pas simplement voter contre Trump. Les Français n’ont pas ce problème, et le stéréotype qu’on nous donne d’éternel critique se révèle ici d’une façon positive : si Le Pen passe au deuxième tour, on peut espérer que la jeunesse s’engagera pour voter pour son adversaire, même s’il ne nous inspire pas, tout comme le 21 Avril.

On the 7th of May, François Hollande will leave the Elysée and be replaced by the person who will either steer France in the right direction or put the final nail in its coffin. This electoral season has been one of the most tumultuous in recent French history, characterised by political fragmentation and the re-emergence of the Front Nationale (FN), led by Marine Le Pen, as well as new parties’ creation and a move away from the centre by well-established parties. But it’s too easy to see the Le Pen phenomenon as a simple opposition between traditional political parties and an impoverished and disillusioned populace, and assume her victory is assured. I’ll concede she’ll easily reach the second round of voting, but her success in the runoff may be marred by a few key factors.

So instead of simply panicking, let’s look at the big ideas of recent months and see if we can imagine three different scenarios depending on the results of the first round of voting on April 23rd. Let’s compare Le Pen to the other top candidates and try to determine whether one of them can manage to rouse up the French nation to slide past the FN and win the presidency.

François Fillon

A couple months ago, I thought Fillon had it in the bag – though certainly not because his ideas inspire me. This “centre-right” candidate is more Thatcher than May, and sometimes I even have a hard time differentiating his ideas from Le Pen’s. His chances have diminished, however, for he has found himself embroiled in an inconvenient corruption scandal…That’s right, the candidate who ran on an anti-corruption, pro-transparency platform was revealed to have employed his wife Penelope as a parliamentary assistant, despite her numerous assertions of never having been involved in her husband’s job. The blatant nepotism isn’t the biggest problem though, as almost a quarter of ministers have employed a family member at some point. What’s really brought Fillon down is that despite his promise to drop out of the race were charges formally brought against him, he has declared he’ll remain a candidate; thus, the candidate who crushed Sarkozy in the primaries is currently freefalling. Consequently, even if polling shows Fillon could still beat Le Pen in the runoff, his chances appear slim.

Emmanuel Macron

Whether you like his ideas or not, Emmanuel Macron is the dark horse of this campaign. He’s a centrist, pro-business candidate who defected to create his own party, and it’s for this reason he’s proving most disruptive this election. Candidate for En Marche!, he is positioning himself as a political outsider capable of bringing together left and right under a social-liberal agenda. Among his propositions is a call to reduce the number of public servants as well as a 50 billion dollar public investment fund and universal employment insurance. Nevertheless, as with many other candidates, what Macron represents politically remains more instrumental in garnering support than his policies themselves. His rupture with the Socialist Party allows him to sell himself as a new face in the political world, and therefore capable of overcoming factional conflicts to pass bipartisan measures. However, this narrative becomes slightly less convincing when we look at Macron’s career. If this ex-Rothschild banker can convince people he’s starting out in politics, it’s more a credit to his PR team than an accurate reflection of his background. It’s true he’s never been an elected official, but he has been working in elite political circles as an economic advisor, then minister, for over a decade. You’d be hard pressed to find someone who represents the establishment more; however, despite my cynicism, I’d still place my money on him – at this point, he is potentially the only candidate who could draw voters from both left and right. Furthermore, polls show Macron and Le Pen neck and neck for the first round, with 26% of votes each, and Macron crushing Le Pen in the runoff with 68% of votes. Let’s just hope he never paid his wife a salary for a fake job…

Benoît Hamon

The candidate for the Socialist Party is currently fourth in the polls and it doesn’t look like he’ll get much further. During the left primaries, he managed to slide past former Prime Minister Manuel Valls to confirm his candidature, but since then, Hamon has struggled to present policies that give him a broad appeal while remaining faithful to his convictions. He falls to the left of the Socialist Party line, but is not as radical as the candidate for France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon; could be the perfect recipe for a fragmented left… Hamon began by forming an alliance with the Green candidate Yannick Jadot, adopting a number of radical ecologist policies, but a few weeks later he backtracked on one of his key policies – universal revenue – no doubt to present as a more realistic candidate. Yet despite his idealistic but rather inspiring programme, I can’t help feeling a Hamon/Le Pen runoff would be too much of a risk. To understand why, we need to make a small detour to the National Assembly and bring in the consideration of abstention. Many right-wing Fillion supporters consider the prospect of a Hamon presidency as worrying as a Le Pen presidency, and will abstain from voting if Hamon gets to the runoff. They argue Le Pen will be unable to form a government if she wins due to there only being two FN members in the Assembly; she would therefore be incapable of passing any of her radical measures. The reality is many voters would risk a muzzled far-right government over a far-left government which may plunge the country deeper in debt, and would be willing to let Le Pen win by not showing up. Hamon’s case is a perfect illustration of the overarching theme of this campaign: the votes in this election will not be sincere but strategic, and voters will attempt to prevent their least preferred candidate from winning, rather than voting for preferred options.

This appears grim – yet we shouldn’t forget French people are generally not opposed to the idea of a negative vote, and many people consider they are voting against rather than voting for a candidate. People have claimed young Americans didn’t show up to vote because they had no one to vote for, and preventing a Trump presidency wasn’t a big enough incentive (bet you feel really smart now, guys). French people don’t really have this issue, and the stereotype of us being perennially critical might be advantageous here. If and when Le Pen advances to the second round of voting, we can trust young people and left-leaning voters to mobilise to vote for the alternative, even if he doesn’t particularly inspire us – not unlike what happened last time we were worrying about a Le Pen presidency, back in 2002.

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